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dimanche 9 mai 2021

Aristoloche et patriotisme

 

L'aristoloche avait tellement poussé

Que la lumière aveuglante

qui s'engouffrait par la baie vitrée du jardin d'hiver

Semblait s'y accrocher furieusement,

s'intercaler entre chaque feuille majestueuse.

Des pétales de soleil vacillant sous l'effet

de la vapeur d'eau qui s'échappait

Du vieux poêle paresseux,

Le plus clair de l'année,

inerte et silencieux

contre la paillasse de l'évier

à l'émail livide,

Mais qui retrouvait soudain

sa vitalité, une insolente jeunesse,

Le désir brûlant de toute une vie 

dès que la menace des grands froids

Se faisait à nouveau prégnante.

Opaque et noir




Curieux. J'ai repensé à la machinerie complexe

De la vie en marche, des responsabilités en jeu,

Des générations se succédant de mère en rejeton : 

La machine à café accouche d'un gobelet en plastique

Qui enfante à son tour une touillette en plastique. 

Le petit dernier ? un filet de sucre en poudre... 

J'ai repensé au café ignoble dont je me gavais

Dieu sait pourquoi le lundi matin

A la cafet' en arrivant au travail.

J'ai pensé que les mouches finissaient

Par s'y noyer parce qu'il y faisait chaud

Que ça devait leur rappeler quelque chose

Comme un ventre maternel.


Oedipe froid

 Il a mêlé son ricanement de hyène

au souffle enjôleur de la brise marine.

Remontées des profondeurs abyssales,

des myriades de petites bulles d'air vicié, d'abord inoffensives,

ont commencé par me chatouiller la plante des pieds.

Le piège s'est refermé quand elles ont éclaté à la surface,

que mes poumons se sont embrasés.

Alors seulement j'ai réalisé.

Mais il était trop tard. 

samedi 8 mai 2021

Dialogue de fin

 

Mon âme apatride à l'état fossile

Est ta proie, ton béguin, ton absolu

L'infini se cache sous tes longs cils,

Tu seras toujours de mon coeur l'élue


Je peux mourir de toi, éperdument 

Je suis à ta merci, sous ton emprise

Mais ne suis-je donc qu'un désir d'enfant ?

Et moi ton jouet, une friandise ?


Pour qui te prends-tu ? Pour toi j'étais qui ?

Va voir ailleurs et je nous jette un sort

J'étais la bonne affaire, un bon parti ?

Tu me quittes ? Je nous donnerai la mort


Jalouse moi ? Ose un peu répéter

C'est mon fardeau, indicible douleur

A cause infirme effet longue durée

Retiens la langueur, jamais la rancoeur 


La peur de souffrir me fit hésiter

J'attirais malgré toi le mauvais oeil

J'entends revenir la nuit tachetée

Où je tins parole et fis notre deuil


De l'errance à l'amour dort un enfer

Toi et moi nous sommes à jamais tus

Oublions tout, offrons-nous le désert

Et voilà, nous n'en reparlerons plus.



 


N'être pas

Souvent plus facile

D'assommer son passé

Que de l'assumer,

de l'effacer que d'y faire face,

même sous vide, 

même sous le vent.

Il y aurait un temps pour tout.

Même en pensée, le passé survit pourtant.

Le soupeser, le humer, le panser, vous le fait aimer

le fera, qui sait, essaimer

lorsqu'il survient de nouveau,

vous laissant à la fête effaré.

Mais le passé, une fois dépassé

Qui s'en souvient ?

Qui s'en soucie

D'la foire à la saucisse tiens ?

Frayer son chemin, s'y étirer, 

méchamment éthéré, hagard,

Y fouiller, ringard, les filles du r'gard

Et rêver du r'bord de ses failles

noyées des clameurs Elyséennes du jour

De leur déclamer ses bonnes feuilles

A la bonne heure et s'offrir

Au soleil forain de Vélizy,

S'y parcheminer la peau

 Puis souffler le chaud ou souffrir le froid

pour toutes les mauvaises fois 

Où on l'a eu mauvaise, 

- La faute au Houblon, à ses fûts moqueurs ? - 

Où l'on ne fut pas là

Quand il fallait être là.

On ne peut être à la fois

Ni totalement frit ni complètement frais

Il faut choisir : être froid, rester fou,

naître imbu ou n'être pas.  

 




vendredi 7 mai 2021

Correspondance

 


Monter à bord de la rime

Dans le sens de l'humeur

Par le chant des rames

Se laisser bercer sans détour

Ou céder aux sirènes,

A leurs flatteuses railleries

Puis longer l'amour porteur

Jusqu'à ma belle étourdie.

De mon émoi charnel, pas sage,

Poinçonner son désir

Et sentir en cet éperdu transport

Aux abords d'un silencieux portique

Rêvant de couloirs en perdition

D'accès interdits, de voix sans issue,

S'éveiller l'un à l'autre, à la possibilité

D'un dernier métro ou du prochain arrêt. 




mercredi 5 mai 2021

Ce moment-là

C'était l'approche du vide, l'heure des longs pressentiments, du Venin propice qui vous fait redouter l'après.

C'était l'été venu, cajoleur, qui répandait son odeur de cyprès, où m'enivrant des songes de juillet, je devenais frôleur de précipice, brasseur de trépas sous une mitraille de pollen dispersé, dans les nuées brûlantes de poussière, je fus alors cet animal effrayé louvoyant parmi quelques débuts de feux de forêts.

Puis contre toute attente, je me fis lenteur attentive dans la fraîcheur du couchant, à l'écoute religieuse des criquets moqueurs, toute pupille dilatée.

Ô Procrastination, tu m'accueillis en ton sein, me préserva des fracas, des suppôts de l'empressement, de toute fatalité hâtive, qui toujours promènent sous votre épiderme le tic-tac, les 2 3 pulsations de mort qui l'air de rien annoncent la fin supposée de tout.

Parce qu'ils nous veulent à tout prix pour eux, rien que pour eux, nous expulsant à jamais de nos chers moments présents.

samedi 2 janvier 2021

C'était ici !

 

La face crevassée par les coups répétés
Un homme rêvasse, l’œil vague et le teint livide
Au rythme hypnotique de l’escargot languide
Sur la route en proie aux morsures des gelées
 
"Je me souviens. J’avais 20 ans. Je passais l’été sur la côte. J'étais pareil à l’insecte, cherchant à me frotter les ailes à la moindre source de chaleur, courant la moindre étincelle. Cette fameuse nuit, c'est par un grognement sourd que je m'étais laissé guider"

 

Devant le soleil sur sa ligne d’horizon
Il n'aura pas vu poindre son ère glaciaire
Mais en prend acte aux abords d’un hangar désert
Bordant l’artère givrée baissant pavillon

 

"Il y avait d'un côté le parking, ses centaines de voitures à l'arrêt. En rangs désordonnés. Autour, ces jeunes affolés, qui, sautillant, surexcités, s'hydrataient au moyen d’énormes bidons d’eau."

Couvant d’un œil la voie rapide aux noctambules
Une voiture entre plein phares dans la danse
Et croise en l’aveuglant le camion sans défense.
L’homme s’affale un instant dans le crépuscule
 
"Et de l'autre ce hangar gigantesque d’où s’échappait un cri sourd, infernal. Au milieu coulait la fameuse départementale où déboulaient à une allure sidérale des bolides, des corps célestes avec fureur, causes probables d’un prévisible malheur"
 
Spectrale est la brume enveloppant l’homme usé
Qui se traîne sur le ventre dans le blizzard
Puis se remet d’amertume sur ses deux pieds
Et entame une odyssée sur le coaltar
 
"Et tous ces jeunes affolés d’aller et de venir d'un endroit à l'autre, soumis à l’idée fixe de danser, boire, danser, de l’univers la sempiternelle devise. Du hangar au parking, de l’asphalte au point d’eau, de la musique au grand air. En apparence. La sempiternelle histoire du bon tempo"
 
Devant l’usine lunaire à moitié détruite
L’homme pousse enfin la porte de l’édifice
Territoire creusé par la météorite 
Dans l’antre le voilà entré sans artifices
 

"Je me souviens parfaitement de l'ambulance qui vint pour conjurer le sort Comme l’oracle, le prophète, toutes sirènes dehors « Vous faisiez du bruit, et bien dormez maintenant » Lâcha l’insolent infirmier de son slogan au jeune raveur qui semblait assoupi sur la civière. La matière s’en retournant à la matière"

 

Traversant le hangar vide où dort la poussière

Autour de cibles floues et d’astucieuses mires

Il voit la porte. A travers filtre une lumière

Qui éclaire le bois rongé de souvenirs

 

"Il n’avait plus l’air très vivant. Ses mains tremblaient J'appris enfin qu'il n’avait pas été renversé ni trahi par ses excès, par son corps, par la la crise de tachycardie. Rien de tout ce qui aurait dû lui arriver n’arriva. Pas même aux tympans une trouée"

 
Il écarte l’imposante porte mitée 
Puis marque un temps d’hésitation, souffle coupé
Le temps de l’extrême onction sur un lieu sacré
Et de l'entrevoir, le passé remémoré
 

"Elément de vie aux vertus insoupçonnées, l’eau serait paraît-il bonne pour la santé. Le jeune homme en avait pourtant beaucoup trop absorbé. Il décèdera peu de temps après mort d’avoir bu de l'eau"

 

Sous ses yeux s’étire un familier cimetière :

De sa lumière artificielle, le réverbère

Eclaire de sa lueur pâle et mortifère

Les tombes qu’il reconnaît sous la lune austère

 
"Drôle de façon de partir. Sachez donc qu'on peut de soif ou d’avoir trop bu mourir. Icare ne fut  jamais ce grand brûlé. Oublieux du matériau dont il était fait, de ses chairs et de ses os et parfois de rêves trop grands, pour s’être vu trop beau il se noya le sang"

samedi 31 octobre 2020

Un vendredi 13 à Paris


Solidaire est la crevasse d'où les vies fanées
Renaissent puis revivent dans un souffle, un râle, 
Ramènent la joie dans nos coeurs vides et pâles,
Y Font le Paris de la fête retrouvée

Chantons ensemble la complainte jamais tue
De tous les invisibles indivisibles
Indéfectibles porte-voix de l’indicible
Tous solidaires dans la rue des pas perdus

 
Du vague à l’âme, retrouvons les accords majeurs
De l’hymne en vogue qui ravivera la flamme
Rebondira follement sur le macadam
Une lame de fond pour endiguer la peur
 

Fouillons comme le chien affamé le refrain
Comme Icare et ses ailes brûlées par le jour
Entre les notes, trouvons le véritable amour
Faisons des mots les grands remèdes pour demain

jeudi 29 octobre 2020

Oraison Kamikaze


J’attends sereinement tout au bout de la nuit
Au sommet de ma tour le fin mot de la vie
Grand échalas sur le point d’être désossé
Je suis la grand-voile d’un navire à quai
Offert et soumis aux quatre vents de la ville
Qui exhale de ses entrailles un souffle indocile
Comme les émanations d’un ventre brûlant
Des effluves qui m’enveloppent en caressant
Mes jambes décharnées au-dessus d’un néant
Indicible et noir comme le fonds de l’océan.
Des profondeurs que je ne peux qu’imaginer.
Je suis l’invertébré sur le point de sombrer
Présentable, affutée purifiée, ma conscience
Au soleil translucide y faisant allégeance
Affûte l’oraison, aiguise l’épitaphe
Comme la pierre à fusil ou l’extrême soif

 

Aux prémices de l’aube le couperet va tomber

Dès le premier rayon, je vais m’abandonner

 

Chaque nouvelle aube recréant l’illusion
Que le jour ne serait qu'un mur d’aberration
Renforçant l’aura glauque de la cité béante
Engluée de sinistres visions qui me hantent.
La lente intrusion de la lumière du jour
Pareille au vol paresseux du charmant vautour
Seule saura rendre son lustre d’antan
A cette parade flétrie de vieux charlatan.
Lascive et provocante, en taille et en couleur
L’aube attentera clairement à ma pudeur.
Les secondes filent et tissent habilement le décor
Du cocon originel de mon âge d’or
Dont chaque zone d’ombre est tâche de naissance
Qui fait tristement écho à ma douce enfance.
Moi qui ne l’ai jamais rêvé que tendrement
Voilà le chant du coq quelque part au-devant

 

Moiteur suffocante d’une serre tropicale
Où toute vie étend son règne abyssal

 

S’élevant par-delà les cimes du lointain
Des cheminées exhalant du petit matin
Les odeurs du pain grillé, du café serré
Et les relents appétissants de la veillée
Un passereau file dans le ciel rougeâtre.
Les feuilles de l’hiver se consument dans l’âtre
Face à la forêt qui s’étend à l’infini
Il s’est enfin hâté le printemps étourdi.
S'élèvent des bois en pleine métamorphose
Traînées de semences qui me sont toute chose
Alors qu’un rai de lumière arrive de l’est
Et caressera bientôt mes chevilles lestes.
Va-t-on s’entredévorer ? Je ferme les yeux
Qu’est-ce qui saurait expliquer cette mise à feu
La combustion spontanée qui va s'élancer
Vers le ciel. Avec des séquelles. Ô je le sais

 

Le combat se perdrait pendant l’hymne enjôleur
Perché sur le toit quand guerrière est l’humeur
 
Que m’inspire donc la frayeur de l’inconnu ?
Je m'en vais tordre le cou aux idées reçues
Mordre le soleil au cœur. Le regarder se soumettre
Lui déchiqueter la flamme de tout mon être
A l’effroyable boule de feu résister
De mes plaies ouvertes, de mes chairs disloquées
Que l’astre me traverse et je serai là
Qu’il m’enveloppe et je poursuivrai le combat
Après tout, je serai révélé par l’idée
Qu’on m'aura menti toutes ces longues années.
Contemplant ce spectacle inouï d’éternité
Je verserai ma larme avant de murmurer
« Que cette aurore vaudra commencement
Celui de me savoir encore et bien vivant
J’en prends acte, fais table rase de mon passé
La beauté de l’instant fera tout oublier »

 

Mise à mort rembobinée par les corrompus

Pour effacer l’âge qu’on n’aura bientôt plus

 

Pour les vampires les légendes sont cruelles

Car ici point jamais d’êtres surnaturels

Famille comme vous et moi de gens ignorants

Repliés sur eux-mêmes depuis la nuit des temps

Par le mensonge du sang des vies avilies

Ayant payé de l’obscurité le prix

Certes des criminels mais victimes impuissantes

De la pire des méprises, la plus infamante :

 

On leur cache depuis toujours la vérité

Leur appartenance à la belle humanité

20 juin 1993

  

Dans l’étroit réduit noyé de vague pénombre
Brûlaient deux mégots, pareils à tâches solaires,
Etirant leurs reflets sur l’écran de poussière
Qui projetait sur les murs incertains nos ombres.

C’était notre étendard, notre obsession féconde 
Trouver le fin mot d’un rêve de club video
Révélation d’une chambre aux noirs idéaux :
La guerre pour la vingt-cinquième image seconde.

De cet excitant voyage au bout de la nuit
Dont le picotement propre à la mitraillette
Nous violaçait les joues, irisait les pommettes,
L’on revenait transformé, exsangue et réjoui.

 

Rampant jusqu’aux premières lueurs du jour
Nos rêves de jeunesse, en phase avec nos vies
Se consumèrent de cette folle énergie
Au rythme d’un soleil alangui, de velours.

 

Mais Cédric hélas n’aura jamais eu 20 ans
Il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps

 

Funeste présage de désolation,
Il fut fauché en revenant vers le sanctuaire
Chargé de son fardeau d’images délétères
Après une soirée de désintégration.

 

Ironie du sort, l’impression de déjà vu
De ces clichés transportés annonçait l’exil 
En ralliant le dépôt des passions juvéniles.
Le négatif, la caméra, avaient-ils su ?

 

Car Cédric prophétisa la route et le sang
Ses dangers mortels quand il ne conduisait pas
Certain qu’une embardée le mènerait à trépas
Au point qu’il en avait conçu son testament.

 

Chez lui persistait une âcre odeur de café
Le parfum d’un fantôme à l’infinie tristesse
De se regarder s’éteindre avec sa jeunesse
L’image renversée devint réalité

 

Son nom c’était Guiguen grand et fort comme un chêne
Et moi le roseau chanceux resté sur la scène
Les meilleurs d’entre nous s’en iraient les premiers
De ce que j’ai vécu rien ne fut aussi vrai.

 

Parfois je guette la tornade au bord du ciel
Imagine qu’elle m’emporte au loin sous son aile
Et nous fait nous retrouver dans ce local
Où nos cœurs exultaient sur un écran sale.

Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...