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jeudi 29 octobre 2020

20 juin 1993

  

Dans l’étroit réduit noyé de vague pénombre
Brûlaient deux mégots, pareils à tâches solaires,
Etirant leurs reflets sur l’écran de poussière
Qui projetait sur les murs incertains nos ombres.

C’était notre étendard, notre obsession féconde 
Trouver le fin mot d’un rêve de club video
Révélation d’une chambre aux noirs idéaux :
La guerre pour la vingt-cinquième image seconde.

De cet excitant voyage au bout de la nuit
Dont le picotement propre à la mitraillette
Nous violaçait les joues, irisait les pommettes,
L’on revenait transformé, exsangue et réjoui.

 

Rampant jusqu’aux premières lueurs du jour
Nos rêves de jeunesse, en phase avec nos vies
Se consumèrent de cette folle énergie
Au rythme d’un soleil alangui, de velours.

 

Mais Cédric hélas n’aura jamais eu 20 ans
Il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps

 

Funeste présage de désolation,
Il fut fauché en revenant vers le sanctuaire
Chargé de son fardeau d’images délétères
Après une soirée de désintégration.

 

Ironie du sort, l’impression de déjà vu
De ces clichés transportés annonçait l’exil 
En ralliant le dépôt des passions juvéniles.
Le négatif, la caméra, avaient-ils su ?

 

Car Cédric prophétisa la route et le sang
Ses dangers mortels quand il ne conduisait pas
Certain qu’une embardée le mènerait à trépas
Au point qu’il en avait conçu son testament.

 

Chez lui persistait une âcre odeur de café
Le parfum d’un fantôme à l’infinie tristesse
De se regarder s’éteindre avec sa jeunesse
L’image renversée devint réalité

 

Son nom c’était Guiguen grand et fort comme un chêne
Et moi le roseau chanceux resté sur la scène
Les meilleurs d’entre nous s’en iraient les premiers
De ce que j’ai vécu rien ne fut aussi vrai.

 

Parfois je guette la tornade au bord du ciel
Imagine qu’elle m’emporte au loin sous son aile
Et nous fait nous retrouver dans ce local
Où nos cœurs exultaient sur un écran sale.

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