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dimanche 30 juillet 2023

Ode à Joe. David Gordon Green

 

Etouffer à ciel ouvert

Le long d'une voie ferrée.

Rendre irrespirable le grand air.

Aucun coup de hache,

Aucun délicieux poison,

Rien n'y fera.

L'Amérique profonde

Se succède à elle-même

Comme les fantômes qui la hantent.

Insondable humanité dans un décor immuable.

Le temps venu des éternels recommencements.

Aux chairs lacérées sur un visage

Répondent les coups secs au canif

Dans le poitrail du daim

Lesté comme un sac de boxe.

Le règne animal.

Au son effrayant du crâne brisé

Répond la morsure fatale

D'un chien gros comme un bison.

Au diable la morale.

Chacun la sienne par ici.

On fait ce qu'on peut

Avec ce qu'on a.

Le temps semble s'être arrêté.

Le paternel frappe, humilie,

Avant d'amuser le fiston

D'un pas rouillé de break dance

Tentative dérisoire de transmettre

Enfin quelque chose, de redevenir 

Quelques instants gracieux

La figure rassurante

Du bon père de famille. 

"Donne moi ton fric, je te dissoudrai,

Donne moi ton sang, je t’absoudrai."

Chaque personnage commet l’irréparable

Franchit allègrement toute frontière morale

Au péril de sa vie, de celles des autres

Avant d’avoir un geste d’empathie

(Une main sur un crâne en morceaux)

Un mot tendre (tu es mon frère ?)

Ou le bon goût de se supprimer…

Nicolas Cage redevient Sailor

Ses tatouages, sa silhouette affinée,

Son aigle fièrement porté dans le dos

Sont là pour en témoigner

Après une trop longue vie carcérale,

Orphelin de son passé,

En quête d'oubli mais pas de rédemption.

J'ai d'ailleurs espéré en vain

Sur ce pont éclairé par la lune

Qu'il susurre enfin au flic quelque chose

Au sujet de Lula et chacun,

Emu aux larmes, aurait compris...


jeudi 27 juillet 2023

Gone Girl. L'amour au temps du capital.

Un couple s'installe
Sur une terre d'écrivains
Le Missouri, dans un mouvement 
Presque littéraire : Qui parle ?
Qui s'adresse à nous ?
Sommes-nous dans la réalité ?
Dans un journal intime ?
Les premiers mots – la tête,
La cervelle, comment voir dedans ? -
Mettent sur la piste de Shining
Comme le grand escalier
De la maison du couple.
Une question taraude :
Est-elle complètement cintrée ?
Sorte de vent multidirectionnel
dans la tempête ? Et bien non...
Le plus effrayant chez elle ?
Sa folie toute droite,
douée qu'elle est
pour des parties d’échecs,
Trois coups d’avance,
A l'emporte pièce,
capables d’improviser
dans une forme de rationalisme
échevelé qui rend fou l'interlocuteur.
American Psycho au féminin :
Une sociopathe dénuée de toute empathie
Rayonnant dans un monde
Où rien n'a d'importance
Que de penser à soi,
Que d'être "pas comme les autres",
Au sens où les autres coagulent
Pour devenir cette masse informe,
Cette agglutination d'objets
Qu'on utilise puis qu'on jette
Pour mieux atteindre
Ses petits rêves de pacotille :
Le pouvoir, l'influence, la gloire, la renommée, l'égo...
Et le mari dans tout ça ? Une mouche de velours gris
prise dans l'épaisseur de la toile.
Le spectateur étouffe avec lui
Et le film secrète son venin
Avec cynisme et cruauté
Jusqu'à l'épilogue,
Une interminable apothéose
A la Nuit de Fureur (Jim Thomson) :
Deux personnages
Y sont enchaînés à l’attente
D’un dénouement tragique.
Et ils attendent, ils attendent
Dans un climat irrespirable.
Aucune autre issue, on le pressent,
Que l'ouverture d'un crâne
Pour voir se déverser
Les raisons de l'acharnement,
De cette prise d’otage pure et simple.
Il devra ramper, se dit-elle,
Se mettre à genoux pour qu’elle revienne
Le sauver de la chaise électrique.
Pour être certaine qu’il ne s’échappe jamais,
elle ira même jusqu'au meurtre
Et, pire, lui fera un enfant !
Une descendance à l'approche, 
Bombe à retardement.
Dans un ventre prêt à expulser
Sa monnaie d'échange
pour acheter la paix des lâches.
Faisons l'autruche,
De la complicité une façade
Et table rase du passé. 
Pour avoir la tranquillité.
De Scène de la vie conjugale (Bergman)
à Faces (Cassavetes)
De la La guerre des Rose (De Vito)
à l’Honneur des Prizzi (John Huston).
Le film dissèque et restitue
Son héritage foisonnant.
Une scène emblématique ?
elle revient ensanglantée
tombe dans les bras de son mari
Qui se fend d'une phrase
aussi discrète qu'assassine.
on en prend ici pour son grade,
plein la gueule,
parce ça sonne vrai
vous prend à la gorge
Vous l'effet d'un cutter
dans celle d'un aristo naïf
aveuglé par une fausse idée
De l'amour ou de la propriété !
Il en fera d'ailleurs cruellement les frais.
Voici donc le vrai visage
De la famille américaine,
puritaine et prompte à défendre
ses acquis, ses valeurs,
sous les projecteurs, aussi longtemps
que ces derniers restent allumés
ou que des intérêts supérieurs
(la descendance, l'héritage)
sont en jeu, voire menacés.
Une simple scène sous la douche
Résume tout pour finir :
Assurée de pouvoir parler en toute "franchise"
L'héroïne fait de nous les témoins, les voyeurs aussi,
D'un moment privé, intimiste
D'un couple dans son plus simple appareil. 
Elle aura tout prévu jusqu'au dernier petit détail...
Gone Girl est d’une infinie richesse
Le thriller se redéfinit, se revisite,
Se fait nouvelle référence
Du film conjugal
En nous parlant d'un temps
Où l'individu s'est perdu en chemin
En confondant amour et propriété
Où la perversion devenue monnaie courante,
N'est que le fruit des dérives du Capitalisme.
Un bon titre eut donc été...
L'Amour au temps du Capital.



The Template !

Cat Town ne s'est pas faite en un jour,

Il y fallut un Template vous dis-je !

Jadis, on semait la pagaille,

Entre Lille, Maputo, Paris ou Breda 

Faisant PHI du travail, des médailles,

Prônant boustifaille et ripaille.

Puis, ce fameux mois d'octobre 2020

Du 32 confiné à Dizzie Land

Il n' y eut qu'un premier pas,

Qu'une corde, qu'un plateau,

Que 10 pions, qu'un seul hymne

"If we can dream...."

Pour "babéliser" deux volontés !

"Are you ready ?" nous murmura le Sly

et soudain nous fumes

High dans le Brooklyn sky

Mais without Template, no country road 

No escape from behind

No Vertical limit, no coconut tree

Sous lequel s'assoupir face à la mer

Ou gueuler un jour "When we were kings"

En sirotant une Guinness, no nothing ! 

Nueva York, ris-nous bien

On a arrêté de rêver, on a bossé

On a fait comme toi

Sacrée ville debout

Qui ne dort jamais.

Nous voilà ici et maintenant

Debout dans le car qui part

Le 20 octobre 2023 !

On rit, tu ris ?



mercredi 26 juillet 2023

The descent. La guerre des sexes.

 

Prière de ne pas "dégenrer" !
Le genre masculin par ici ?
Au pire en voie de disparition
Au mieux en pleine déconfiture.
Le seul homme digne de ce nom
Finit transpercé par un tube d'acier
Au bout de quelques minutes.
Tout est dit ! Une référence ?
 Le quatrième homme (Paul Verhoeven)
Et sa veuve noire,
Sharon Stone version zéro,
Avec sa façon cruelle, morbide
De zigouiller ses amants
Les uns après les autres.
Les codes du tout-puissant matriarcat  
Sont les mousquetons visibles
de l'endroit du décor
Lors d'une descente en rappel.
Rarement film d'horreur aura si bien marié
L'efficacité requise (frayeur absolue garantie)
A une vraie réflexion
Sur les phobies les plus répandues :
Peur du noir, du vide, d'étouffer,
De se noyer, d'être dévoré dans l'obscurité...
Neil Marshall distille ses références
Avec parcimonie, intelligence
A mesure que l'on s'enfonce
Dans une grotte sans fonds. 
Un groupe de femmes
Aux allures de commando 
s'engage dans un voyage san retour.
Le survival façon Délivrance
vogue d'un genre l'autre,
Avec des adversaires
D'abord rocheux,
Puis en chair et en os
Mais curieusement déshumanisés.
Ainsi retrouve-t-on dans le désordre
Des clins d'oeil à CarrieEvil Dead,
AlienThe ThingZombie,
Massacre à la tronçonneuse :
Jouissif décodage entre les scènes.
Mais que nous raconte le film ?
Des héroïnes se débattent face à
Des "hommes du dessous",
Des "sous-hommes"...
Des femmes sportives, modernes,
Indépendantes sont aux prises
Avec un genre masculin
Dévoyé, hideux, relégué aux oubliettes...
Deux sexes qui plus que jamais
S'éloignent l'un de l'autre
Dans une société qui mue à toute vitesse.
Une guerre de toute éternité
Dont personne ne sort indemne.
Et c'est là une portée allégorique qui sublime le film
A mesure que l'on s'enfonce dans l'horreur...
Ou qu'une héroine s'extraie de la terre
Comme un nouveau-né d'un ventre maternel.



Alien. Survie de l'espère.

 

Lors de chaque naissance, la façon
Dont le mystère de la vie m'apparaît
Soulève une question fondamentale :
L'amas joliment animé de cellules vivaces
S'éjectant comme d'une imprimante 3D
Est-il indépendant du moteur qui l'a fabriqué ?
Utilise-t-il les enveloppes corporelles,
les êtres vivants pour se maintenir
"en vie", se survivre à lui-même ?
Autrement dit, ne sommes-nous que
des "véhicules", des transmetteurs ?
Le secret d'un chef-d'oeuvre
Se niche dans l'inconscient
Collectif sans qu'on sache
Vraiment ce qui nous y subjugue, 
Nous y terrifie autant. Il y a
Bien sûr dans Alien l'idée géniale
D'un huis-clos spatial
D'une invisible menace
Qui pèse sur les personnages
Et le spectateur, Il y a 
Cet univers puissamment singulier,
La navette aux allures de plate-forme
Pétrolière en perdition
Crée le sentiment d'une
Interminable gestation
En son ventre clos et humide.
La lenteur paradoxalement délectable
Du score de Jerry Goldsmith
Est donc intentionnelle
Mais l'idée fondamentale
Inconsciente, presqu'abstraite,
procède de la sexualisation
Du conflit à l'oeuvre
De la féminisation de l'horreur.
Avec d'un côté l'héroïne, Sigourney Weather,
Qui symboliquement porte et donne la vie.
Et un monstre de l'autre,
Qui campe cette vie changeante, protéiforme,
Entrant et sortant d'un corps
Quand bon lui semble et qui prolifère
Sans passer par les voies naturelles : 
Avant de devenir l'Alien
Avec sa gueule de pistolet à essence
Le monstre est une chenille-papillon
Sorte d'araignée collante,
Obligeant des hommes
A une soumission totale et silencieuse,
Dans le respect d'un rite sacré :
Le cunilingus spatial qui seul
Permettra à la vie (contre nature) d'éclore
Dans leurs ventres stériles,
Provoquant au passage leurs morts.
On regarde alors Des utérus et des hommes.
Puis se précise le combat suprême :
la figure de la femme grande et forte,
garante de la sauvegarde de l'espèce
(elle est celle qui met au monde)
se dresse face à une forme de vie déviante.
Qui à certains égards s'incarne tout autant
dans le personnage du robot
Que dans celui de l'Alien.
L'affrontement devient lutte à mort
Pour sauver le genre humain...
Une idée développée dans Aliens
où Sigourney devenue mère
(la petite orpheline lui octroie ce statut)
Affronte une autre reine mère
dans un final hautement allégorique.
2 mères, 2 façons de mettre au monde,
de donner la vie, face à face.
C'est pourtant bien la mort
qu'elles s'apprêtent à se donner.
Voilà le secret d'un chef-d'oeuvre.
Quand The Descent évoque de façon souterraine
La guerre des sexes dans une société
Déboussolée, sans repères,
Alien ne traite en filigrane que d'un sujet :
La survie de l'espèce entre les mains
Pas si fragiles d'une femme.
Inoubliable Alien dont l'affiche originelle
- cet oeuf, la vie - prend tout son sens.


Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...