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dimanche 24 mai 2020

(Re) Père


Il m'arrive en pensant à lui de voyager
Une cohorte souple et diaphane d’asticots
Trépane l’ivoire des touches d’un piano
Je suis à bord d'un petit bateau éventré

Les vagues deviennent des murs infranchissables
Je fixe d'un regard vaincu l'oeil du cyclone
Qui va me dévorer en cruelle amazone
L'océan déchaîné me semble inaliénable

Il envahit tout de la cale à mes poumons
Goutte après goutte, l'eau glaciale repousse l’air
Et ce qui me sert en temps normal d'atmosphère
Quand je grimpe à la verticale sur le pont

Accroché à quelque chose, un dernier espoir
Se faufile pareille à funeste corneille
Des tréfonds de l'au-delà jusqu’à mes oreilles
La douce chanson de l’élégant purgatoire

Soudain les accords du refrain sonnent la charge
L’hymne a tant grossi que la tempête recule
Même un coin de ciel bleu perce du crépuscule
Parmi les effets de poudroiement du grand large

Sur l’horizon courbe redevenu mer d’huile
Et depuis sa lucarne, un jour chirurgical
Enlumine et pourlèche un petit point focal
Qui s’approche de moi comme le chant docile 

Je distingue alors sa silhouette élancée
Vent debout, immobile à bord d'une Jaguar
Transformée en improbable hors-bord de bazar
Résonnant de la chaude voix d’Elvis Presley

J'attends sur le pont et me projette pour deux
Au volant de la Sovereign décapotée
L’homme qui vole à mon secours n'a pas changé
Enfin nous allons nous regarder dans les yeux

« Te serrer dans mes bras
Respirer ton odeur
Puis entendre ta voix
En saisir le bonheur »

Le dimanche à Grand Bassam



Chaque précieux dimanche nous devenons tribu
Pour étancher ta soif Ô fruit défendu
Paillote déserte entre mer et paradis
Qui pour chercher fortune de nous te remplis

Frêles ébauches d’amours mortes, tes nuages
Exhalent jusqu’à nous le souffle des rivages
Mêlent au parfum du goudron la brise marine
Âcre chansonnette qui met d’humeur badine

La fraîcheur de la tomate, sa chair au goût tendre
La coco qui ne s’offre que pour mieux se fendre
Jettent sur nos langues ensablées l’eau divine
Et de la grume alanguie les notes salines

Sèche est la brûlure de l’atone méduse
Qui refroidit l’ardeur pour enseigner la ruse :
« Dans le blanc irisé dort un flasque oasis
Y Planter le bâton étoilé de réglisse »

Dans ton sable moelleux crissent nos pas brûlants
Chassé par le vent le doux rire de l’enfant
Renaîtra pareil aux ombres vagabondes
De ton palmier murmurant « Soyez seuls au monde »

dimanche 17 mai 2020

Mourir un peu


Les acouphènes scandent leur présage ardent
Mes oreilles sifflent, il boue et brûle mon sang

Un brumisateur géant ! Tuer la torpeur !
Voilà le doux songe qui soulage mon coeur

A l’appel du couchant je deviens moucafou
Dès lors je pique, je vole et rêve tout mon soûl

Qu’on m’arrache la peau ! Qu’on m’octroie la fraîcheur !
Sur l’axe qu’on dit lourd, un enfer à ses heures

Enfin sur les berges d’un fleuve en crue j’échoue
Pour m’oublier, m’abandonner à ses remous

Et de creux en creux jusqu’à l’océan rebondir
Puis j‘ouvre les yeux : « Terre ! ». Haute-Volta, Zaïre ?

Nu comme le ver, je rends l’âme et revis
Parmi les bébés léopards, les ouistitis

Dans un petit village des bords de la Lobé
Je suis à nouveau sage Ô mon jardin secret

Ces pensées-là jaillissent et donnent l’espoir
D’accepter l’auguste sort, sans frayeur ni fard

Partir c’était souffrir, paître loin de vos cieux
Mais avant tout, cher Père, ce fut mourir un peu.

dimanche 10 mai 2020

Fenêtre sur cour. Rear Window. Alfred Hitchcock


L’éblouissement
Du petit matin
Suspendit le temps 
M’aspira sans fin
Sous les arrondis
du téléviseur,
Témoin perverti
De toute langueur 

Comme un chef d’orchestre
Délaissant sa vie
Pauvrement terrestre 
Pour celle d’autrui
J’entre par la vue,
Spectateur assis,
Et reste à l’affût
Guettant l’inédit.

Le building m’effeuille
De sa vue plongeante 
Brèche en trompe-l’oeil
Qui soudain me hante.
Sans un mouvement
Pas sans volonté
Je vis le moment
Démiurge incarné.

Mon esprit s‘agite
Ajuste la mire
Cherche l’insolite :
Enfin le désir
Vole à tire d’aile
Jusqu’au vaisseau-mère,
Mon ventre éternel,
Y raréfie l’air.

En prophétisant
Les sombres ravages
Du petit écran,
Son culte pas sage,
Rear Window fait sens
Et touche en plein coeur 
Par la fulgurance
De mille lueurs. 

Hitch traque l’immonde,
L’indicible horreur
Le crime à la ronde !
Tout grand créateur
Joue avec nos nerfs
Use de ses tours
Noyés de mystère
Pour ravir l’amour.

samedi 9 mai 2020

Predator. John Mc Tiernan

C'est à la fois un film de guerre,
D’action, de patrouille perdue,
De SF, de Schwarzenegger !
Survival en terre inconnue
Où ploient les nouveaux gladiateurs
Condamnés à l’enfer de Dante 
Par l’invisible prédateur  
Pour notre plus grande épouvante.
  
Un corps à corps de frayeurs tues
Chez un chasseur devenu proie,
Bouc émissaire à son insu,
Errant sur le chemin de croix,
Au milieu d'une jungle hostile. 
Sans ressort, sans la moindre ruse 
Il n’est qu’une cible docile
Pour l’ennemi qui s'en amuse.

Le héros réalise à temps
que son salut ne viendra point
De ses muscles fins et saillants
Ou d’armes pour sniper au loin 
Mais d’un peu d’esprit et de boue,
Camouflage très à propos
Du survivant, toujours debout
Sur les décombres, un Maestro !

Que nous murmure John Mc Tiernan ?
Respectez le code, mais pas trop,
Sachez aussi rester profane
Gardez cet esprit commando 
Détournez avec appétence
Aiguisez-moi ça ! Triturez !
Préalable à la renaissance
D’un genre métamorphosé.

vendredi 8 mai 2020

Salo ou les 120 jours de Sodome. Pier Paolo Pasolini


Allô la Terre, ici Salo !
Oeuvre maudite du Pacha,
Maître absolu du haut château,
Par qui le scandale arriva.

Toutes ses idées saugrenues 
Sont corrosives à l’esprit
Abîment l’innocence nue,
La salissent d'ignominies.

Elles creusent des plaies profondes
Susceptibles de se rouvrir
Pour empuantir notre monde
Fortuitement, sans prévenir.

Le malaise du spectateur
Impuissant à s’interposer
Face à l’effroyable Saigneur
S’étire jusqu’à la nausée

C'est ainsi que nos sociétés
Mènent à dessein, doucement,
Nous dit le film, l’humanité
A se corrompre ultimement...

Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...