La nuit dernière, j'ai fait un bien étrange rêve
Qui tenait d'ailleurs largement du cauchemar
Je n’y avais pas peur, ce qui est plutôt rare
Laisse-moi te raconter grande soeur, j’en crève !
Je suis réveillé au beau milieu de la nuit
Par les glaçants battements d’ailes d’un dragon
Qu’on entend tournoyer autour de la maison
Nous sommes au lit. Les parents sont de sortie
De notre fenêtre j’entrevois son plumage
L’effroi en trouvant refuge dans la cuisine
Nous fait boucher tout espace à coup de rustine
Après avoir fermé les volets de l'étage
Le dragon a pu glisser ses dents sous la porte
Tu le repousses de manière décisive
à coups de louche, de tire-bouchon sur les gencives
Lutte inégale mais tu es bien assez forte
Un courant d'air glacial vient soudain d’à côté
La porte d’entrée grince, ouverte aux quatre vents.
Un souffle inattendu qui nous fige les sangs
Viole pour ainsi dire notre intimité.
« Pourquoi tant d’acharnement ? » j’ose interroger
Livide, une femme sans âge se tient là
D’intuition je sens qu’elle a l’aura, la furia
Du dragon transfiguré pour mieux nous tromper
Un éclatant soleil inonde le salon
« J’eusse aimé dire la même chose à ma mère »
Nous répond-elle le cœur gros, en bandoulière
Nous venons de percer le secret du dragon
Nous nous sentons pour finir libérés d’un poids
Lorsqu’elle éclate en sanglots lui creusant les rides,
Nous désigne un landau désespérément vide.
Le vil animal vivrait-il sous notre toit ?

