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jeudi 30 juillet 2020

D'un coup de crosse

(Crédits Photo  : Edouard Boubat) 

Une fois dans la gueule du loup

Elle sentit l’âcre goût de la craie

Dont elle vit s‘éteindre la blancheur

Qui pourtant l’avait tant fait saliver

Tout ce qui brillait si fort

Lorsque, candide, elle lui avait dit oui

Le subterfuge avait donc porté ses fruits

Au goût amer des fausses joies

Prise qu’elle était au piège savant du fou

Qui de son œil de brute

Lui parcourut l’échine

Inspecta le matériel

Depuis le fonds de l’œil

Jusqu’aux dents du fonds

Et soudain par la grâce

D’un coup de crosse

Et de l’effet de surprise

L’agenouilla dans sa crasse épaisse

Pour lui ramollir les chairs éparses

Et de son souffle de chacal

Lui lut en diagonale

Ses devoirs de femme brisée,

Foulée au pied, boitant docilement, mal peignée.

Malgré l’effroi qu’il n’eut de cesse

Avec soin de lui prodiguer

Elle mit bas deux fois, y but honte et supplice jusqu’à la lie

Louvoyant sur ses talons cassés

Madone aux yeux doux

Se faufilant penaude jusqu’à l’échafaud

La chanson du va-nu-pieds


 J’ai foulé l’herbe folle de bouquets d’orties

prisonniers des failles du macadam

Dans la fraîcheur des entrailles d’une Halle parisienne

J’ai roulé mes yeux saouls dans la foule ensuquée

D’un dimanche matin à l’heure du marché

Pour y chercher le réconfort d’un doux regard,

d’un geste aimable, d’une odeur familière

Puis j’ai fendu l’armure lorsque soupirant près de mon écuelle sans le sou

J’ai perçu le désespoir d’un chaton efflanqué, pustuleux, égaré, miaulant à la mort.

Le premier être croisé ce matin-là

Et dont le regard de pierre de lune et de bois tendre

Ne me sembla pas juger l’autre.

Deux billes d’espoir, deux intenses fleurs de l’âme !

Je lui fis signe, il eut alors ce mouvement bref

Comme s’il opinait du chef, hésita

Puis vint se blottir contre moi

Et bien au chaud, soupira son bonheur.

mercredi 29 juillet 2020

Full Metal Jacket


- « Qu’as-tu fait à la guerre Papa ?

-« J’ai déchanté puis j’ai tué !

Kubrick défend le postulat

Que rien ne saurait préparer

Au caractère imprévisible

De la guerre, théâtre imbécile

qui de nous pointe le risible,

illustre le fait qu’entre mille

Méthodes, armes ou formations 

Aussi ingénieuses soient-elles,

Aucune n’a jamais raison ! 

Z’yeutez plutôt la demoiselle,  

Pas de diplôme mais du savoir-faire,

Rien ne remplace l’expérience

Le vice et puis le caractère !

Elle se meut avec aisance  

La jeune femme au visage

juvénile qui, l’air de rien,

Vient offrir un dernier voyage

A de vaillants petits lutins 

Surentraînés mais dépassés

Bien trop tendres face à la belle

Qui fait le « Mickey Mouse » effet  

d'une mine anti-personnelle,

d'une bombe à fragmentation.

En matière de cruauté,

La fertile imagination

Des hommes est illimitée ! 

Au fond, la guerre n’est qu’un leurre

Et le genre un prétexte habile

L’avertissement est ailleurs,

Désagréable mais utile :

Dénonciation scrupuleuse

De tous les embrigadements,

De toutes les fois mielleuses

Plantées avec empressement

Dans un crâne offert, ramolli

Par des Maîtres aveuglés

Se jouant d’êtres avilis

Pour uniformiser, couper 

Tout ce qui dépasse, un austère

Couvre-chef pour seul étendard.

Sus aux mouvements dits sectaires,

Insatiables marchands d’espoir

Qui profitent de la faiblesse

Pour mieux la tenir en laisse.

 

En fin de première partie,

Un cobaye laisse sa peau

Rat de laboratoire nourri

Au sang quand Elle est un robot

Qui exécute son programme

De mort froidement, sans un mot, 

Sans une larme, sans même une âme.


Gardons à l’esprit qu’un enfant

Des Kubrick a été un temps

Happé (leur fille aînée) dedans.

L'un des combats de ses parents

Fut dès lors de lui ouvrir « grand

les yeux » sur cet enfermement.

 

C’est le message universel 

Du génial FULL METAL JACKET :

Seule la vie donne des ailes,

Reprend quand elle le décrète

Mais jamais ne prépare au « sort »

Qu’il soit injuste, qu’il soit funeste...

Il faut apprivoiser la mort

S’en repartir, toujours modeste,   

A l’assaut d’un nouveau matin

Avec la terreur à nos basques 

Mais en chantant un air de rien

Et libres mais fiers sous nos casques...

vendredi 10 juillet 2020

Aguirre. La colère des Dieux


Aguirre livre un vain combat
Face à l’invisible ennemi
Qui n’est jamais enfoui qu’en soi
Tout au fond, sagement tapi.

Il est ce héros sans boussole  
Sûrement rongé sous l’armure
Comme exilé de Lost Patrol
Mais il sait garder fière allure

Il est têtu quand il explore
flanqué d’un orgueil infini 
Ivre de mille rêves d'or
pour sceller sa mythologie.

Se voyant tout puissant, régnant
sans rival sur l'Eldorado,
il veut être Dieu, simplement.
Roi des méduses, chef du radeau 

Finit-il par comprendre à bord,
Une fois livré à lui-même,
Tristement offert à la mort,
L’ineptie de son stratagème ?

Dès lors il devient
De plus en plus lourd
De plus en plus sourd
De plus en plus rien

On se présente devant Dieu
Nu comme les vers au travail, 
En gestation dans nos entrailles.
L'occasion d'ouvrir grands les yeux :

Même un pantalon, ce givré
N'emmènera rien avec lui !
Voir ce film, école de vie,
Et apprendre l'humilité.

Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...