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samedi 2 janvier 2021

C'était ici !

 

La face crevassée par les coups répétés
Un homme rêvasse, l’œil vague et le teint livide
Au rythme hypnotique de l’escargot languide
Sur la route en proie aux morsures des gelées
 
"Je me souviens. J’avais 20 ans. Je passais l’été sur la côte. J'étais pareil à l’insecte, cherchant à me frotter les ailes à la moindre source de chaleur, courant la moindre étincelle. Cette fameuse nuit, c'est par un grognement sourd que je m'étais laissé guider"

 

Devant le soleil sur sa ligne d’horizon
Il n'aura pas vu poindre son ère glaciaire
Mais en prend acte aux abords d’un hangar désert
Bordant l’artère givrée baissant pavillon

 

"Il y avait d'un côté le parking, ses centaines de voitures à l'arrêt. En rangs désordonnés. Autour, ces jeunes affolés, qui, sautillant, surexcités, s'hydrataient au moyen d’énormes bidons d’eau."

Couvant d’un œil la voie rapide aux noctambules
Une voiture entre plein phares dans la danse
Et croise en l’aveuglant le camion sans défense.
L’homme s’affale un instant dans le crépuscule
 
"Et de l'autre ce hangar gigantesque d’où s’échappait un cri sourd, infernal. Au milieu coulait la fameuse départementale où déboulaient à une allure sidérale des bolides, des corps célestes avec fureur, causes probables d’un prévisible malheur"
 
Spectrale est la brume enveloppant l’homme usé
Qui se traîne sur le ventre dans le blizzard
Puis se remet d’amertume sur ses deux pieds
Et entame une odyssée sur le coaltar
 
"Et tous ces jeunes affolés d’aller et de venir d'un endroit à l'autre, soumis à l’idée fixe de danser, boire, danser, de l’univers la sempiternelle devise. Du hangar au parking, de l’asphalte au point d’eau, de la musique au grand air. En apparence. La sempiternelle histoire du bon tempo"
 
Devant l’usine lunaire à moitié détruite
L’homme pousse enfin la porte de l’édifice
Territoire creusé par la météorite 
Dans l’antre le voilà entré sans artifices
 

"Je me souviens parfaitement de l'ambulance qui vint pour conjurer le sort Comme l’oracle, le prophète, toutes sirènes dehors « Vous faisiez du bruit, et bien dormez maintenant » Lâcha l’insolent infirmier de son slogan au jeune raveur qui semblait assoupi sur la civière. La matière s’en retournant à la matière"

 

Traversant le hangar vide où dort la poussière

Autour de cibles floues et d’astucieuses mires

Il voit la porte. A travers filtre une lumière

Qui éclaire le bois rongé de souvenirs

 

"Il n’avait plus l’air très vivant. Ses mains tremblaient J'appris enfin qu'il n’avait pas été renversé ni trahi par ses excès, par son corps, par la la crise de tachycardie. Rien de tout ce qui aurait dû lui arriver n’arriva. Pas même aux tympans une trouée"

 
Il écarte l’imposante porte mitée 
Puis marque un temps d’hésitation, souffle coupé
Le temps de l’extrême onction sur un lieu sacré
Et de l'entrevoir, le passé remémoré
 

"Elément de vie aux vertus insoupçonnées, l’eau serait paraît-il bonne pour la santé. Le jeune homme en avait pourtant beaucoup trop absorbé. Il décèdera peu de temps après mort d’avoir bu de l'eau"

 

Sous ses yeux s’étire un familier cimetière :

De sa lumière artificielle, le réverbère

Eclaire de sa lueur pâle et mortifère

Les tombes qu’il reconnaît sous la lune austère

 
"Drôle de façon de partir. Sachez donc qu'on peut de soif ou d’avoir trop bu mourir. Icare ne fut  jamais ce grand brûlé. Oublieux du matériau dont il était fait, de ses chairs et de ses os et parfois de rêves trop grands, pour s’être vu trop beau il se noya le sang"

Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...