Un homme rêvasse, l’œil vague et le teint livide
Au rythme hypnotique de l’escargot languide
Sur la route en proie aux morsures des gelées
Il n'aura pas vu poindre son ère glaciaire
Mais en prend acte aux abords d’un hangar désert
Bordant l’artère givrée baissant pavillon
Une voiture entre plein phares dans la danse
Et croise en l’aveuglant le camion sans défense.
L’homme s’affale un instant dans le crépuscule
Spectrale est la brume enveloppant l’homme usé
Qui se traîne sur le ventre dans le blizzard
Puis se remet d’amertume sur ses deux pieds
Et entame une odyssée sur le coaltar
L’homme pousse enfin la porte de l’édifice
Territoire creusé par la météorite
Dans l’antre le voilà entré sans artifices
"Je me souviens parfaitement de l'ambulance qui vint pour conjurer le sort Comme l’oracle, le prophète, toutes sirènes dehors « Vous faisiez du bruit, et bien dormez maintenant » Lâcha l’insolent infirmier de son slogan au jeune raveur qui semblait assoupi sur la civière. La matière s’en retournant à la matière"
Traversant le hangar vide où dort la poussière
Autour de cibles floues et d’astucieuses mires
Il voit la porte. A travers filtre une lumière
Qui éclaire le bois rongé de souvenirs
"Il n’avait plus l’air très vivant. Ses mains tremblaient J'appris enfin qu'il n’avait pas été renversé ni trahi par ses excès, par son corps, par la la crise de tachycardie. Rien de tout ce qui aurait dû lui arriver n’arriva. Pas même aux tympans une trouée"
Il écarte l’imposante porte mitée
Puis marque un temps d’hésitation, souffle coupé
Le temps de l’extrême onction sur un lieu sacré
Et de l'entrevoir, le passé remémoré
"Elément de vie aux vertus insoupçonnées, l’eau serait paraît-il bonne pour la santé. Le jeune homme en avait pourtant beaucoup trop absorbé. Il décèdera peu de temps après mort d’avoir bu de l'eau"
Sous ses yeux s’étire un familier cimetière :
De sa lumière artificielle, le réverbère
Eclaire de sa lueur pâle et mortifère
Les tombes qu’il reconnaît sous la lune austère
