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samedi 22 mai 2021

Jamie Lee

Tout commence un mois de décembre,  John est assassiné

Ou plutôt ce mois de mai qui vit la mort de Bob

Suivre ou précéder d'un cheveu l'avènement du François,

Les anglicismes pullulent, Thriller m'est témoin,

Pendant que Véronique ou Davina

nous apostrophent sur l'avènement

D'une époque où le corps devient doublement roi,

Coluche s'épanouit dans sa divine salopette

Mais au début de mes années 80 

Il y a d'abord une métamorphose

La rose se fait emmerdante 

Challenger explose

Un nuage s'est arrêté à nos frontières

Le fric est devenu Chic

Mais Yannick gagne Roland. 

Avec le 3615

La consommation joue déjà l'outrance, la débauche,

Le marché du travail vacille,

Le vendredi devient un refuge, le droit de répondre

A la semaine qui s'achève devant son poste. 

Le micro-ondes raccourcit la préparation mais

Ne soigne en rien ni les moments de partage ni votre santé.

Tout s'accélère. Le CD scande à tort

Ses promesses de Haute Fidélité,

La solitude de l'ordinateur personnel vient dissiper

La légèreté qu'avaient suscité l arrivée des premières consoles.  

Le disco se dissout un peu comme les murs à Berlin

Mais pas les Discothèques devenues Boîtes de nuit,

Comme les orchestres rebaptisés Groupes ! 

Mes années 80 C'est aussi l'injustice

d'un virus pour les amoureux ou d'un France-Allemagne

C'est des manifs et des pin's en forme de main    

C'est la marche en avant d'un océan de plastique

Celui fantastique de nos boîtiers de cassettes Video

Et leurs jaquettes Specimen

Qu'on se refile avec excitation sous le daim.

Leur odeur, leurs rayons de soleil.

La Boum bat alors son plein 

Comme le pourpre de la pluie   

Sous laquelle nous dansions le Slow.

Pour des langoureux Quarts d'heure Américains

Frankie vient de partir pour Hollywood

Un perfecto sur le dos

Et Daniel pour l'au-delà

Se faisant l'écho des déserts ou des Savanes

Au son consensuel de We are the World.

Mes années 80 bien sûr

C'est aussi le téléphone ombilical,

le répondeur en rectangle et sa mini cassette.

les rendez-vous pris chez soi pour après et nulle part ailleurs.

Là où se dévore pour le goûter 

Cobra alias Bebel dans ses apparats Rollerballiens 

Il est alors le chantre de la Coolitude

Et Goldorak, Spectroman, XOr, Sandokan, Sankukaï

Et consorts peuvent aller se rhabiller

Sauf mon Columbo bien aimé !

C'est aussi le secondaire et l'internat,

Une Arlésienne sur les planches

Et Stand by me en boucle everyday,

Mes années 80 c'est Harry rencontrant Sally

sur du velours bleu,

pour faciliter la digestion

De tout ce qui est venu avant,

des mensonges et du cinéma

Et des idoles en somme

Et donc de Jamie Lee naturellement,

Un soir d'Halloween, forcément.

Elle ne me quitte jamais.




samedi 15 mai 2021

Week end à Chanteloup les vignes


Elle court elle court la banlieue

De celles qu'on dit choc

Elle s'étire comme une onde

Se dilate, se disloque

 S'éloigne imperceptiblement

En s'extirpant de l'épicentre

Du noyau, vers le large,

Loin de ce ventre chaud

Pour se dénaturer au grand air

Carte postale d'un joli petit village

Chanteloup-les-Vignes et ses caves voûtées

Ses bourreliers, ses corps de ferme et son marché

Ses petits viticulteurs et leur étalage

Mais désormais tout autour c'est ville nouvelle

Constat sans appel, une Daisy Town

Et sa coupe au carré, métallique

Additionnant ses minorités visibles

Qui ne seraient là que pour rapiécer

le tissu économique

Sauver l'agglomération

Raccomoder l'activité

Retarder l'inexorable déclin

Ne pas précipiter la petite cité

Dans la désespérance et l'oubli

Mais comment fait-on prendre la greffe

D'une légion de déracinés

Sur une terre de vignobles ?

Comment ne pas aggraver

Une situation déjà compromise ?

Comment conjurer la disparition

De l'artisanat et des métiers de la vigne,

jadis poumons de cette belle contrée ?

Maïmouna s'y est installée récemment

Elle est venue sans papiers

Grâce à la pièce d'identité

d'une "exploitante" qui sous son nom

La fait travailler dans un grand hôtel

De la grouillante cité.

La passeuse reste chez elle, tranquillement,

Et encaisse le salaire de sa jeune pousse, force vive,

Esclave moderne qui accepte sa condition 

Et n'a encore jamais été

Depuis son installation s'aventurer

Dans le centre historique de la ville. 

Elle est là sans être là

Une confirmation pour la cité dortoire

Qui n'aura jamais si bien porté son nom

On y dort, pire, on n'y existe pas.  

Tout un paradoxe de cette nature

Qui ne dit plus son nom

Chanteloup moins les vignes

Enpêchée par les blocs de béton

Montés en kit, terroir fantôme

frappé d'aphasie qui semble chaque jour

Un peu plus loin de Paris

Aggravant un fossé devenu gouffre béant

malgré ce monde ramené disent les "experts"

Aux dimensions d'un village.

En regagnant Ahurti (Urt en Basque)

Les azalées centenaires sont en fleur

Les hortensias reviennent à la vie

Et le rododendron est rose de bonheur.

Les bougainvilliers ont bien résisté

Au grand froid de ces dernières semaines

Même les acacias, vénérables arbres à coton, 

Nous saluent de leurs petites fleurs blanches printanières.

Et me vient alors l'idée que notre village a bien fait

de ne pas s'appeler Ahurti-la-verdure

En prévision du jour tragique où les arbres

Ne seront plus que des espèces végétales imaginaires 

peuplant nos livres d'école. 

lundi 10 mai 2021

Sois moi

 Je veux aller mieux

Je veux aller bien

Je veux retrouver ma voix

Ma voix respire avec le ventre

S'épanouit dans les nuées tièdes

Et poussiéreuses de l'été finissant

Je veux être serein

Je veux être confiant

Chaque instant, je suis là

Je suis moi, je suis mes ancêtres

Je suis leur écho, je suis Jean-Baptiste

Franchissant les corps

en ce début d'année 1918.

L'année de ses 20 ans.

Je veux aller mieux.

Je veux aller bien

Je veux retrouver ma voix


  

dimanche 9 mai 2021

Déviance

 


C'est bien moi le roi de la diversion

J'évite comme personne les regards

Toute intrusion qui pourrait me blesser l'âme,

Me mettre à nu, tout brûler là-dedans...

Ô ma Terre calcinée, comme je te plains,

Laisse donc entrer la lumière

Laisse tes petits vers se pâmer

Sous le froid soleil de novembre.

Laisse-les régénérer mon moi

Enseveli de rictus et de paraître,

Fais place nette à tes beaux fruits

Prêts à s'offrir à ce monde affable. 

Aristoloche et patriotisme

 

L'aristoloche avait tellement poussé

Que la lumière aveuglante

qui s'engouffrait par la baie vitrée du jardin d'hiver

Semblait s'y accrocher furieusement,

s'intercaler entre chaque feuille majestueuse.

Des pétales de soleil vacillant sous l'effet

de la vapeur d'eau qui s'échappait

Du vieux poêle paresseux,

Le plus clair de l'année,

inerte et silencieux

contre la paillasse de l'évier

à l'émail livide,

Mais qui retrouvait soudain

sa vitalité, une insolente jeunesse,

Le désir brûlant de toute une vie 

dès que la menace des grands froids

Se faisait à nouveau prégnante.

Opaque et noir




Curieux. J'ai repensé à la machinerie complexe

De la vie en marche, des responsabilités en jeu,

Des générations se succédant de mère en rejeton : 

La machine à café accouche d'un gobelet en plastique

Qui enfante à son tour une touillette en plastique. 

Le petit dernier ? un filet de sucre en poudre... 

J'ai repensé au café ignoble dont je me gavais

Dieu sait pourquoi le lundi matin

A la cafet' en arrivant au travail.

J'ai pensé que les mouches finissaient

Par s'y noyer parce qu'il y faisait chaud

Que ça devait leur rappeler quelque chose

Comme un ventre maternel.


Oedipe froid

 Il a mêlé son ricanement de hyène

au souffle enjôleur de la brise marine.

Remontées des profondeurs abyssales,

des myriades de petites bulles d'air vicié, d'abord inoffensives,

ont commencé par me chatouiller la plante des pieds.

Le piège s'est refermé quand elles ont éclaté à la surface,

que mes poumons se sont embrasés.

Alors seulement j'ai réalisé.

Mais il était trop tard. 

samedi 8 mai 2021

Dialogue de fin

 

Mon âme apatride à l'état fossile

Est ta proie, ton béguin, ton absolu

L'infini se cache sous tes longs cils,

Tu seras toujours de mon coeur l'élue


Je peux mourir de toi, éperdument 

Je suis à ta merci, sous ton emprise

Mais ne suis-je donc qu'un désir d'enfant ?

Et moi ton jouet, une friandise ?


Pour qui te prends-tu ? Pour toi j'étais qui ?

Va voir ailleurs et je nous jette un sort

J'étais la bonne affaire, un bon parti ?

Tu me quittes ? Je nous donnerai la mort


Jalouse moi ? Ose un peu répéter

C'est mon fardeau, indicible douleur

A cause infirme effet longue durée

Retiens la langueur, jamais la rancoeur 


La peur de souffrir me fit hésiter

J'attirais malgré toi le mauvais oeil

J'entends revenir la nuit tachetée

Où je tins parole et fis notre deuil


De l'errance à l'amour dort un enfer

Toi et moi nous sommes à jamais tus

Oublions tout, offrons-nous le désert

Et voilà, nous n'en reparlerons plus.



 


N'être pas

Souvent plus facile

D'assommer son passé

Que de l'assumer,

de l'effacer que d'y faire face,

même sous vide, 

même sous le vent.

Il y aurait un temps pour tout.

Même en pensée, le passé survit pourtant.

Le soupeser, le humer, le panser, vous le fait aimer

le fera, qui sait, essaimer

lorsqu'il survient de nouveau,

vous laissant à la fête effaré.

Mais le passé, une fois dépassé

Qui s'en souvient ?

Qui s'en soucie

D'la foire à la saucisse tiens ?

Frayer son chemin, s'y étirer, 

méchamment éthéré, hagard,

Y fouiller, ringard, les filles du r'gard

Et rêver du r'bord de ses failles

noyées des clameurs Elyséennes du jour

De leur déclamer ses bonnes feuilles

A la bonne heure et s'offrir

Au soleil forain de Vélizy,

S'y parcheminer la peau

 Puis souffler le chaud ou souffrir le froid

pour toutes les mauvaises fois 

Où on l'a eu mauvaise, 

- La faute au Houblon, à ses fûts moqueurs ? - 

Où l'on ne fut pas là

Quand il fallait être là.

On ne peut être à la fois

Ni totalement frit ni complètement frais

Il faut choisir : être froid, rester fou,

naître imbu ou n'être pas.  

 




vendredi 7 mai 2021

Correspondance

 


Monter à bord de la rime

Dans le sens de l'humeur

Par le chant des rames

Se laisser bercer sans détour

Ou céder aux sirènes,

A leurs flatteuses railleries

Puis longer l'amour porteur

Jusqu'à ma belle étourdie.

De mon émoi charnel, pas sage,

Poinçonner son désir

Et sentir en cet éperdu transport

Aux abords d'un silencieux portique

Rêvant de couloirs en perdition

D'accès interdits, de voix sans issue,

S'éveiller l'un à l'autre, à la possibilité

D'un dernier métro ou du prochain arrêt. 




mercredi 5 mai 2021

Ce moment-là

C'était l'approche du vide, l'heure des longs pressentiments, du Venin propice qui vous fait redouter l'après.

C'était l'été venu, cajoleur, qui répandait son odeur de cyprès, où m'enivrant des songes de juillet, je devenais frôleur de précipice, brasseur de trépas sous une mitraille de pollen dispersé, dans les nuées brûlantes de poussière, je fus alors cet animal effrayé louvoyant parmi quelques débuts de feux de forêts.

Puis contre toute attente, je me fis lenteur attentive dans la fraîcheur du couchant, à l'écoute religieuse des criquets moqueurs, toute pupille dilatée.

Ô Procrastination, tu m'accueillis en ton sein, me préserva des fracas, des suppôts de l'empressement, de toute fatalité hâtive, qui toujours promènent sous votre épiderme le tic-tac, les 2 3 pulsations de mort qui l'air de rien annoncent la fin supposée de tout.

Parce qu'ils nous veulent à tout prix pour eux, rien que pour eux, nous expulsant à jamais de nos chers moments présents.

Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...