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samedi 1 août 2020

Carte de Voeux


Du pays des souvenirs qui est le nôtre
Je t’adresse mes vœux de taille, ceux de l’apôtre
Qui vieillit subtilement sans en avoir l’air
Luciole anonyme, éphémère de l’hiver
Qui regarde naître ce nouveau millénaire
Si jeune au regard de l’âge de nos artères

 

La progéniture fraîchement débarquée
Remplit d’aise je l’espère un papa comblé
Nous venons aussi de vous emboîter le pas
Pénélope va bien ne souffre d’aucun tracas
Qu’un souriant destin lui fasse rencontrer
Un Ulysse de banlieue bien intentionné.

 

Sans te commander, je vais passer quelques jours
Avec Lesauvage sur les bords de l’Adour
Essaye de venir, tu trouveras le vivre
et l’évocation de l’amitié qui enivre 
Rien que du ciel bleu, notre étendard et vœu pieux
De ces temps bénis où nous nous pensions heureux !

 

Bien qu’elle fasse du silence son ordinaire
Ta guitare aura gravé en moi ce même air
Otis Redding nous invitant à la tendresse
Pour avoir des amis et chasser la tristesse
Mieux vaut se fabriquer de jolis souvenirs
Que d’occuper ses vieux jours à de vains soupirs
 

Allez quoi, viens mon Gérard et que la distance
N’efface pas le parfum de nos souvenances
De nos belles errances parfois effrayantes
Ces histoires où nous tremblions sous la tente
Vacillant dans un fragile rideau de pluie
La mort apprivoisée par tes sombres récits

 
Une nuit d'encre, écrivais-tu, se dissout
Dans la brume matinale au cri du hibou
D’où l’ode surgira, s’élèvera, féconde
Par-delà les forêts humides et profondes
Avec déjà la fin du ciel pour horizon
Matière à nous souffler de beaux plans d’évasion

jeudi 30 juillet 2020

D'un coup de crosse

(Crédits Photo  : Edouard Boubat) 

Une fois dans la gueule du loup

Elle sentit l’âcre goût de la craie

Dont elle vit s‘éteindre la blancheur

Qui pourtant l’avait tant fait saliver

Tout ce qui brillait si fort

Lorsque, candide, elle lui avait dit oui

Le subterfuge avait donc porté ses fruits

Au goût amer des fausses joies

Prise qu’elle était au piège savant du fou

Qui de son œil de brute

Lui parcourut l’échine

Inspecta le matériel

Depuis le fonds de l’œil

Jusqu’aux dents du fonds

Et soudain par la grâce

D’un coup de crosse

Et de l’effet de surprise

L’agenouilla dans sa crasse épaisse

Pour lui ramollir les chairs éparses

Et de son souffle de chacal

Lui lut en diagonale

Ses devoirs de femme brisée,

Foulée au pied, boitant docilement, mal peignée.

Malgré l’effroi qu’il n’eut de cesse

Avec soin de lui prodiguer

Elle mit bas deux fois, y but honte et supplice jusqu’à la lie

Louvoyant sur ses talons cassés

Madone aux yeux doux

Se faufilant penaude jusqu’à l’échafaud

La chanson du va-nu-pieds


 J’ai foulé l’herbe folle de bouquets d’orties

prisonniers des failles du macadam

Dans la fraîcheur des entrailles d’une Halle parisienne

J’ai roulé mes yeux saouls dans la foule ensuquée

D’un dimanche matin à l’heure du marché

Pour y chercher le réconfort d’un doux regard,

d’un geste aimable, d’une odeur familière

Puis j’ai fendu l’armure lorsque soupirant près de mon écuelle sans le sou

J’ai perçu le désespoir d’un chaton efflanqué, pustuleux, égaré, miaulant à la mort.

Le premier être croisé ce matin-là

Et dont le regard de pierre de lune et de bois tendre

Ne me sembla pas juger l’autre.

Deux billes d’espoir, deux intenses fleurs de l’âme !

Je lui fis signe, il eut alors ce mouvement bref

Comme s’il opinait du chef, hésita

Puis vint se blottir contre moi

Et bien au chaud, soupira son bonheur.

mercredi 29 juillet 2020

Full Metal Jacket


- « Qu’as-tu fait à la guerre Papa ?

-« J’ai déchanté puis j’ai tué !

Kubrick défend le postulat

Que rien ne saurait préparer

Au caractère imprévisible

De la guerre, théâtre imbécile

qui de nous pointe le risible,

illustre le fait qu’entre mille

Méthodes, armes ou formations 

Aussi ingénieuses soient-elles,

Aucune n’a jamais raison ! 

Z’yeutez plutôt la demoiselle,  

Pas de diplôme mais du savoir-faire,

Rien ne remplace l’expérience

Le vice et puis le caractère !

Elle se meut avec aisance  

La jeune femme au visage

juvénile qui, l’air de rien,

Vient offrir un dernier voyage

A de vaillants petits lutins 

Surentraînés mais dépassés

Bien trop tendres face à la belle

Qui fait le « Mickey Mouse » effet  

d'une mine anti-personnelle,

d'une bombe à fragmentation.

En matière de cruauté,

La fertile imagination

Des hommes est illimitée ! 

Au fond, la guerre n’est qu’un leurre

Et le genre un prétexte habile

L’avertissement est ailleurs,

Désagréable mais utile :

Dénonciation scrupuleuse

De tous les embrigadements,

De toutes les fois mielleuses

Plantées avec empressement

Dans un crâne offert, ramolli

Par des Maîtres aveuglés

Se jouant d’êtres avilis

Pour uniformiser, couper 

Tout ce qui dépasse, un austère

Couvre-chef pour seul étendard.

Sus aux mouvements dits sectaires,

Insatiables marchands d’espoir

Qui profitent de la faiblesse

Pour mieux la tenir en laisse.

 

En fin de première partie,

Un cobaye laisse sa peau

Rat de laboratoire nourri

Au sang quand Elle est un robot

Qui exécute son programme

De mort froidement, sans un mot, 

Sans une larme, sans même une âme.


Gardons à l’esprit qu’un enfant

Des Kubrick a été un temps

Happé (leur fille aînée) dedans.

L'un des combats de ses parents

Fut dès lors de lui ouvrir « grand

les yeux » sur cet enfermement.

 

C’est le message universel 

Du génial FULL METAL JACKET :

Seule la vie donne des ailes,

Reprend quand elle le décrète

Mais jamais ne prépare au « sort »

Qu’il soit injuste, qu’il soit funeste...

Il faut apprivoiser la mort

S’en repartir, toujours modeste,   

A l’assaut d’un nouveau matin

Avec la terreur à nos basques 

Mais en chantant un air de rien

Et libres mais fiers sous nos casques...

vendredi 10 juillet 2020

Aguirre. La colère des Dieux


Aguirre livre un vain combat
Face à l’invisible ennemi
Qui n’est jamais enfoui qu’en soi
Tout au fond, sagement tapi.

Il est ce héros sans boussole  
Sûrement rongé sous l’armure
Comme exilé de Lost Patrol
Mais il sait garder fière allure

Il est têtu quand il explore
flanqué d’un orgueil infini 
Ivre de mille rêves d'or
pour sceller sa mythologie.

Se voyant tout puissant, régnant
sans rival sur l'Eldorado,
il veut être Dieu, simplement.
Roi des méduses, chef du radeau 

Finit-il par comprendre à bord,
Une fois livré à lui-même,
Tristement offert à la mort,
L’ineptie de son stratagème ?

Dès lors il devient
De plus en plus lourd
De plus en plus sourd
De plus en plus rien

On se présente devant Dieu
Nu comme les vers au travail, 
En gestation dans nos entrailles.
L'occasion d'ouvrir grands les yeux :

Même un pantalon, ce givré
N'emmènera rien avec lui !
Voir ce film, école de vie,
Et apprendre l'humilité.

dimanche 28 juin 2020

A ma soeur

La nuit dernière, j'ai fait un bien étrange rêve
Qui tenait d'ailleurs largement du cauchemar
Je n’y avais pas peur, ce qui est plutôt rare
Laisse-moi te raconter grande soeur, j’en crève !

Je suis réveillé au beau milieu de la nuit
Par les glaçants battements d’ailes d’un dragon
Qu’on entend tournoyer autour de la maison
Nous sommes au lit. Les parents sont de sortie

De notre fenêtre j’entrevois son plumage
L’effroi en trouvant refuge dans la cuisine
Nous fait boucher tout espace à coup de rustine
Après avoir fermé les volets de l'étage

Le dragon a pu glisser ses dents sous la porte
Tu le repousses de manière décisive
à coups de louche, de tire-bouchon sur les gencives
Lutte inégale mais tu es bien assez forte

Un courant d'air glacial vient soudain d’à côté
La porte d’entrée grince, ouverte aux quatre vents.
Un souffle inattendu qui nous fige les sangs
Viole pour ainsi dire notre intimité.

« Pourquoi tant d’acharnement ? » j’ose interroger
Livide, une femme sans âge se tient là
D’intuition je sens qu’elle a l’aura, la furia
Du dragon transfiguré pour mieux nous tromper
  
Un éclatant soleil inonde le salon
 « J’eusse aimé dire la même chose à ma mère »
Nous répond-elle le cœur gros, en bandoulière
Nous venons de percer le secret du dragon

Nous nous sentons pour finir libérés d’un poids
Lorsqu’elle éclate en sanglots lui creusant les rides,
Nous désigne un landau désespérément vide.
Le vil animal vivrait-il sous notre toit ?

Noël au crépuscule


Grande douleur ne meurt jamais, même en pensée.
Mécanique intime d’une peur indicible,
Chaque pluie de réveillon giflant le pavé
D’amers souvenirs est le moteur invisible

Je me saoule au vent quand mon deux roues freine en vain
Bercé du songe d’un coin de feu qui déboule
De visions de marrons dans l‘âtre qui refoule
La faucheuse me traverse en un coup de rein

Lumière réfractée sur le pavé glissant
Buée dans le casque me laissent deviner
Au-delà de mes doigts humides et gelés
Le crissement des pneus sectionnant mes tympans.

Comme un corps possédé
Noël au crépuscule
Il faut que sang circule
Au coeur de la cité

J’ai rouvrant les yeux contre la joue ma semelle 
Car de la plaie cisaillée comme un précipice
Résonnent les affres qui mettent au supplice
Et dont je sens venir les futures séquelles

Se détachant sur le gris menaçant du ciel
Scintille à travers les gouttes miraculeuses
De grands sapins les décorations cotonneuses
Comme en escadrille des nuées de prunelles

Foule compacte de visages horrifiés
Cortège de voix caverneuses enlacées
J’ai le cœur tiède et la visière fendue
Avec cette réflexion le temps comme suspendu

"Il faut que je vous laisse, je vais être en retard"
Panache pour tromper la peur ou le brouillard
Je lâche enfin ma croix, jamais sans la manière
Alors que de chagrin je ferme les paupières

dimanche 24 mai 2020

(Re) Père


Il m'arrive en pensant à lui de voyager
Une cohorte souple et diaphane d’asticots
Trépane l’ivoire des touches d’un piano
Je suis à bord d'un petit bateau éventré

Les vagues deviennent des murs infranchissables
Je fixe d'un regard vaincu l'oeil du cyclone
Qui va me dévorer en cruelle amazone
L'océan déchaîné me semble inaliénable

Il envahit tout de la cale à mes poumons
Goutte après goutte, l'eau glaciale repousse l’air
Et ce qui me sert en temps normal d'atmosphère
Quand je grimpe à la verticale sur le pont

Accroché à quelque chose, un dernier espoir
Se faufile pareille à funeste corneille
Des tréfonds de l'au-delà jusqu’à mes oreilles
La douce chanson de l’élégant purgatoire

Soudain les accords du refrain sonnent la charge
L’hymne a tant grossi que la tempête recule
Même un coin de ciel bleu perce du crépuscule
Parmi les effets de poudroiement du grand large

Sur l’horizon courbe redevenu mer d’huile
Et depuis sa lucarne, un jour chirurgical
Enlumine et pourlèche un petit point focal
Qui s’approche de moi comme le chant docile 

Je distingue alors sa silhouette élancée
Vent debout, immobile à bord d'une Jaguar
Transformée en improbable hors-bord de bazar
Résonnant de la chaude voix d’Elvis Presley

J'attends sur le pont et me projette pour deux
Au volant de la Sovereign décapotée
L’homme qui vole à mon secours n'a pas changé
Enfin nous allons nous regarder dans les yeux

« Te serrer dans mes bras
Respirer ton odeur
Puis entendre ta voix
En saisir le bonheur »

Le dimanche à Grand Bassam



Chaque précieux dimanche nous devenons tribu
Pour étancher ta soif Ô fruit défendu
Paillote déserte entre mer et paradis
Qui pour chercher fortune de nous te remplis

Frêles ébauches d’amours mortes, tes nuages
Exhalent jusqu’à nous le souffle des rivages
Mêlent au parfum du goudron la brise marine
Âcre chansonnette qui met d’humeur badine

La fraîcheur de la tomate, sa chair au goût tendre
La coco qui ne s’offre que pour mieux se fendre
Jettent sur nos langues ensablées l’eau divine
Et de la grume alanguie les notes salines

Sèche est la brûlure de l’atone méduse
Qui refroidit l’ardeur pour enseigner la ruse :
« Dans le blanc irisé dort un flasque oasis
Y Planter le bâton étoilé de réglisse »

Dans ton sable moelleux crissent nos pas brûlants
Chassé par le vent le doux rire de l’enfant
Renaîtra pareil aux ombres vagabondes
De ton palmier murmurant « Soyez seuls au monde »

dimanche 17 mai 2020

Mourir un peu


Les acouphènes scandent leur présage ardent
Mes oreilles sifflent, il boue et brûle mon sang

Un brumisateur géant ! Tuer la torpeur !
Voilà le doux songe qui soulage mon coeur

A l’appel du couchant je deviens moucafou
Dès lors je pique, je vole et rêve tout mon soûl

Qu’on m’arrache la peau ! Qu’on m’octroie la fraîcheur !
Sur l’axe qu’on dit lourd, un enfer à ses heures

Enfin sur les berges d’un fleuve en crue j’échoue
Pour m’oublier, m’abandonner à ses remous

Et de creux en creux jusqu’à l’océan rebondir
Puis j‘ouvre les yeux : « Terre ! ». Haute-Volta, Zaïre ?

Nu comme le ver, je rends l’âme et revis
Parmi les bébés léopards, les ouistitis

Dans un petit village des bords de la Lobé
Je suis à nouveau sage Ô mon jardin secret

Ces pensées-là jaillissent et donnent l’espoir
D’accepter l’auguste sort, sans frayeur ni fard

Partir c’était souffrir, paître loin de vos cieux
Mais avant tout, cher Père, ce fut mourir un peu.

dimanche 10 mai 2020

Fenêtre sur cour. Rear Window. Alfred Hitchcock


L’éblouissement
Du petit matin
Suspendit le temps 
M’aspira sans fin
Sous les arrondis
du téléviseur,
Témoin perverti
De toute langueur 

Comme un chef d’orchestre
Délaissant sa vie
Pauvrement terrestre 
Pour celle d’autrui
J’entre par la vue,
Spectateur assis,
Et reste à l’affût
Guettant l’inédit.

Le building m’effeuille
De sa vue plongeante 
Brèche en trompe-l’oeil
Qui soudain me hante.
Sans un mouvement
Pas sans volonté
Je vis le moment
Démiurge incarné.

Mon esprit s‘agite
Ajuste la mire
Cherche l’insolite :
Enfin le désir
Vole à tire d’aile
Jusqu’au vaisseau-mère,
Mon ventre éternel,
Y raréfie l’air.

En prophétisant
Les sombres ravages
Du petit écran,
Son culte pas sage,
Rear Window fait sens
Et touche en plein coeur 
Par la fulgurance
De mille lueurs. 

Hitch traque l’immonde,
L’indicible horreur
Le crime à la ronde !
Tout grand créateur
Joue avec nos nerfs
Use de ses tours
Noyés de mystère
Pour ravir l’amour.

Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...