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dimanche 28 juin 2020

A ma soeur

La nuit dernière, j'ai fait un bien étrange rêve
Qui tenait d'ailleurs largement du cauchemar
Je n’y avais pas peur, ce qui est plutôt rare
Laisse-moi te raconter grande soeur, j’en crève !

Je suis réveillé au beau milieu de la nuit
Par les glaçants battements d’ailes d’un dragon
Qu’on entend tournoyer autour de la maison
Nous sommes au lit. Les parents sont de sortie

De notre fenêtre j’entrevois son plumage
L’effroi en trouvant refuge dans la cuisine
Nous fait boucher tout espace à coup de rustine
Après avoir fermé les volets de l'étage

Le dragon a pu glisser ses dents sous la porte
Tu le repousses de manière décisive
à coups de louche, de tire-bouchon sur les gencives
Lutte inégale mais tu es bien assez forte

Un courant d'air glacial vient soudain d’à côté
La porte d’entrée grince, ouverte aux quatre vents.
Un souffle inattendu qui nous fige les sangs
Viole pour ainsi dire notre intimité.

« Pourquoi tant d’acharnement ? » j’ose interroger
Livide, une femme sans âge se tient là
D’intuition je sens qu’elle a l’aura, la furia
Du dragon transfiguré pour mieux nous tromper
  
Un éclatant soleil inonde le salon
 « J’eusse aimé dire la même chose à ma mère »
Nous répond-elle le cœur gros, en bandoulière
Nous venons de percer le secret du dragon

Nous nous sentons pour finir libérés d’un poids
Lorsqu’elle éclate en sanglots lui creusant les rides,
Nous désigne un landau désespérément vide.
Le vil animal vivrait-il sous notre toit ?

Noël au crépuscule


Grande douleur ne meurt jamais, même en pensée.
Mécanique intime d’une peur indicible,
Chaque pluie de réveillon giflant le pavé
D’amers souvenirs est le moteur invisible

Je me saoule au vent quand mon deux roues freine en vain
Bercé du songe d’un coin de feu qui déboule
De visions de marrons dans l‘âtre qui refoule
La faucheuse me traverse en un coup de rein

Lumière réfractée sur le pavé glissant
Buée dans le casque me laissent deviner
Au-delà de mes doigts humides et gelés
Le crissement des pneus sectionnant mes tympans.

Comme un corps possédé
Noël au crépuscule
Il faut que sang circule
Au coeur de la cité

J’ai rouvrant les yeux contre la joue ma semelle 
Car de la plaie cisaillée comme un précipice
Résonnent les affres qui mettent au supplice
Et dont je sens venir les futures séquelles

Se détachant sur le gris menaçant du ciel
Scintille à travers les gouttes miraculeuses
De grands sapins les décorations cotonneuses
Comme en escadrille des nuées de prunelles

Foule compacte de visages horrifiés
Cortège de voix caverneuses enlacées
J’ai le cœur tiède et la visière fendue
Avec cette réflexion le temps comme suspendu

"Il faut que je vous laisse, je vais être en retard"
Panache pour tromper la peur ou le brouillard
Je lâche enfin ma croix, jamais sans la manière
Alors que de chagrin je ferme les paupières

dimanche 24 mai 2020

(Re) Père


Il m'arrive en pensant à lui de voyager
Une cohorte souple et diaphane d’asticots
Trépane l’ivoire des touches d’un piano
Je suis à bord d'un petit bateau éventré

Les vagues deviennent des murs infranchissables
Je fixe d'un regard vaincu l'oeil du cyclone
Qui va me dévorer en cruelle amazone
L'océan déchaîné me semble inaliénable

Il envahit tout de la cale à mes poumons
Goutte après goutte, l'eau glaciale repousse l’air
Et ce qui me sert en temps normal d'atmosphère
Quand je grimpe à la verticale sur le pont

Accroché à quelque chose, un dernier espoir
Se faufile pareille à funeste corneille
Des tréfonds de l'au-delà jusqu’à mes oreilles
La douce chanson de l’élégant purgatoire

Soudain les accords du refrain sonnent la charge
L’hymne a tant grossi que la tempête recule
Même un coin de ciel bleu perce du crépuscule
Parmi les effets de poudroiement du grand large

Sur l’horizon courbe redevenu mer d’huile
Et depuis sa lucarne, un jour chirurgical
Enlumine et pourlèche un petit point focal
Qui s’approche de moi comme le chant docile 

Je distingue alors sa silhouette élancée
Vent debout, immobile à bord d'une Jaguar
Transformée en improbable hors-bord de bazar
Résonnant de la chaude voix d’Elvis Presley

J'attends sur le pont et me projette pour deux
Au volant de la Sovereign décapotée
L’homme qui vole à mon secours n'a pas changé
Enfin nous allons nous regarder dans les yeux

« Te serrer dans mes bras
Respirer ton odeur
Puis entendre ta voix
En saisir le bonheur »

Le dimanche à Grand Bassam



Chaque précieux dimanche nous devenons tribu
Pour étancher ta soif Ô fruit défendu
Paillote déserte entre mer et paradis
Qui pour chercher fortune de nous te remplis

Frêles ébauches d’amours mortes, tes nuages
Exhalent jusqu’à nous le souffle des rivages
Mêlent au parfum du goudron la brise marine
Âcre chansonnette qui met d’humeur badine

La fraîcheur de la tomate, sa chair au goût tendre
La coco qui ne s’offre que pour mieux se fendre
Jettent sur nos langues ensablées l’eau divine
Et de la grume alanguie les notes salines

Sèche est la brûlure de l’atone méduse
Qui refroidit l’ardeur pour enseigner la ruse :
« Dans le blanc irisé dort un flasque oasis
Y Planter le bâton étoilé de réglisse »

Dans ton sable moelleux crissent nos pas brûlants
Chassé par le vent le doux rire de l’enfant
Renaîtra pareil aux ombres vagabondes
De ton palmier murmurant « Soyez seuls au monde »

dimanche 17 mai 2020

Mourir un peu


Les acouphènes scandent leur présage ardent
Mes oreilles sifflent, il boue et brûle mon sang

Un brumisateur géant ! Tuer la torpeur !
Voilà le doux songe qui soulage mon coeur

A l’appel du couchant je deviens moucafou
Dès lors je pique, je vole et rêve tout mon soûl

Qu’on m’arrache la peau ! Qu’on m’octroie la fraîcheur !
Sur l’axe qu’on dit lourd, un enfer à ses heures

Enfin sur les berges d’un fleuve en crue j’échoue
Pour m’oublier, m’abandonner à ses remous

Et de creux en creux jusqu’à l’océan rebondir
Puis j‘ouvre les yeux : « Terre ! ». Haute-Volta, Zaïre ?

Nu comme le ver, je rends l’âme et revis
Parmi les bébés léopards, les ouistitis

Dans un petit village des bords de la Lobé
Je suis à nouveau sage Ô mon jardin secret

Ces pensées-là jaillissent et donnent l’espoir
D’accepter l’auguste sort, sans frayeur ni fard

Partir c’était souffrir, paître loin de vos cieux
Mais avant tout, cher Père, ce fut mourir un peu.

dimanche 10 mai 2020

Fenêtre sur cour. Rear Window. Alfred Hitchcock


L’éblouissement
Du petit matin
Suspendit le temps 
M’aspira sans fin
Sous les arrondis
du téléviseur,
Témoin perverti
De toute langueur 

Comme un chef d’orchestre
Délaissant sa vie
Pauvrement terrestre 
Pour celle d’autrui
J’entre par la vue,
Spectateur assis,
Et reste à l’affût
Guettant l’inédit.

Le building m’effeuille
De sa vue plongeante 
Brèche en trompe-l’oeil
Qui soudain me hante.
Sans un mouvement
Pas sans volonté
Je vis le moment
Démiurge incarné.

Mon esprit s‘agite
Ajuste la mire
Cherche l’insolite :
Enfin le désir
Vole à tire d’aile
Jusqu’au vaisseau-mère,
Mon ventre éternel,
Y raréfie l’air.

En prophétisant
Les sombres ravages
Du petit écran,
Son culte pas sage,
Rear Window fait sens
Et touche en plein coeur 
Par la fulgurance
De mille lueurs. 

Hitch traque l’immonde,
L’indicible horreur
Le crime à la ronde !
Tout grand créateur
Joue avec nos nerfs
Use de ses tours
Noyés de mystère
Pour ravir l’amour.

samedi 9 mai 2020

Predator. John Mc Tiernan

C'est à la fois un film de guerre,
D’action, de patrouille perdue,
De SF, de Schwarzenegger !
Survival en terre inconnue
Où ploient les nouveaux gladiateurs
Condamnés à l’enfer de Dante 
Par l’invisible prédateur  
Pour notre plus grande épouvante.
  
Un corps à corps de frayeurs tues
Chez un chasseur devenu proie,
Bouc émissaire à son insu,
Errant sur le chemin de croix,
Au milieu d'une jungle hostile. 
Sans ressort, sans la moindre ruse 
Il n’est qu’une cible docile
Pour l’ennemi qui s'en amuse.

Le héros réalise à temps
que son salut ne viendra point
De ses muscles fins et saillants
Ou d’armes pour sniper au loin 
Mais d’un peu d’esprit et de boue,
Camouflage très à propos
Du survivant, toujours debout
Sur les décombres, un Maestro !

Que nous murmure John Mc Tiernan ?
Respectez le code, mais pas trop,
Sachez aussi rester profane
Gardez cet esprit commando 
Détournez avec appétence
Aiguisez-moi ça ! Triturez !
Préalable à la renaissance
D’un genre métamorphosé.

vendredi 8 mai 2020

Salo ou les 120 jours de Sodome. Pier Paolo Pasolini


Allô la Terre, ici Salo !
Oeuvre maudite du Pacha,
Maître absolu du haut château,
Par qui le scandale arriva.

Toutes ses idées saugrenues 
Sont corrosives à l’esprit
Abîment l’innocence nue,
La salissent d'ignominies.

Elles creusent des plaies profondes
Susceptibles de se rouvrir
Pour empuantir notre monde
Fortuitement, sans prévenir.

Le malaise du spectateur
Impuissant à s’interposer
Face à l’effroyable Saigneur
S’étire jusqu’à la nausée

C'est ainsi que nos sociétés
Mènent à dessein, doucement,
Nous dit le film, l’humanité
A se corrompre ultimement...

mercredi 29 avril 2020

Carlito's way (L'impasse). Brian De Palma


Brian De Palma ne fut jamais aussi grand
Qu’en vieillissant Tony, l'homme qui le fit Roi 
En l’inféodant aux saisons et à leur loi
Sous les traits sombres d'un Pacino déchirant.

De son regard mélancolique, désenchanté
Sur le monde et le milieu qu’il a connu
Et dont les codes ont changé à son insu 
Est née L'impasse, requiem pour un condamné

Que nous murmure ce final d'anthologie ?
- les voies de la rédemption sont impénétrables
- le destin frappe au moment le plus improbable
Double conclusion d'une noirceur inouïe


Retenir enfin que le bonheur ressenti
Lors des séquences du billard ou de la gare
Tient autant à la forme, disons-le du grand art, 
Qu'au fond, pour exprimer ensemble l’infini.

dimanche 26 avril 2020

Pour Dario Argento et tous les oiseaux de nuit, plumage de cristal ou non...



A l’heure sinistre et creuse, entre chien et loup,
L’asphalte ruisselant juste après la pluie
D’un soir de canicule, de ceux qui rendent fous
Est le lieu rêvé pour le Giallo des Gialli

Deux esprits divaguent dans l’impasse aux mirages
Sous la faible lueur d’un vieux réverbère
Qui projette, désunie, l’ombre des feuillages :
De vils mots à couvert s’y déclarent la guerre

Sous leurs crânes en feu, agricole est le rhum
Pendant qu’au coin des lèvres, l‘amorphe cigarette
Pour chavirer les sens, pour ensauvager l’homme
Songe à s’embraser contre la flamme violette

Le déclic du briquet lâche son cri trompeur 
Distraie l'attention, une lame alors surgit
De mille obscurités, provoquant la stupeur,
Tandis que l'acier pénètre un coeur assombri

L’être échoue, râle et sang mêlés, sur le bitume
L’éclat vif se survit dans son œil déjà mort
Tandis qu'il s'est ouvert comme un livre posthume
Près du mégot fumant. Toute la ville dort.


"Je ne rêve donc pas ! Chères ténèbres Cannoises, vous daigneriez accueillir en votre Opéra frissonnant le héros suspirien, véritable phénomène traumatique, de nos jeunesses de cristal ? Que vos fauteuils de velours gris lui soient aussi doux que le plus soyeux des plumages. Sinon vous aimez Hitchcock ?"

Le Voyeur (Peeping Tom). Michael Powell


Il traquait la peur
Jusqu’à l’obsession
Hérita d’un nom
« Papa du Slasher »

D’un long regard flou
Fardé de passion
Lewis était fou 
De ses punitions

Car en tout voyeur
Captant l’innommable
Qu’il veut rendre aimable
Sommeille un tueur

Il n’y a pas, Dame,
L’ombre d’un témoin 
Quand Mark vole une âme 
De son œil en coin

Lardé du fin mot
L’écran fuit la neige
Son triste manège
Et s’offre au bourreau

Le plan achevé
L’Idole, sans détour 
Est ressuscitée
Comme au premier jour

Tutu

  -Dis, tu, tu m'écoutes, j'espère ? -Mais je ne suis pas ton toutou, j'aspire à ... - Miaaaaou. Relis tout steup à voix haute m...