Lorsqu'au volant, je chauffe dans la noirceur
que je vois débouler ma toute dernière heure
La simple idée de mourir dans les cheveux noirs
Me donne la frousse, me file des cauchemars
Alors que sur le chemin de l'essencerie
Je combats la léthargie avec inertie
je sens mes paupières lourdes cogner des clous
Je n'ai alors plus les yeux en face des trous
Apparaît le mange-mil torchant ses reproches
Qui voudrait en finir avec ses maux de poche
Assoiffé du moindre petit blessé de guerre
De ces menus billets froissés qui camembèrent
Qui sentent le pied, exhalent une odeur forte
A faire tomber les peaux et les feuilles mortes.
Quand j'ai voulu virguler, il était trop tard,
J'étais à sa merci, pris à son traquenard.
Je vais me faire chicoter dans la rue des tournedos
Ce quartier où l'on tourne à l'avenue le dos
Quand chacun y vient chercher pitance le midi
Pour manger un poulet braisé pile-pili
Sa lampe inspecte mon "au revoir la France"
La bonne occasion arrivée par transhumance
J'attends le bon moment pour demander la route
Mais sa voix éclate, c'est tout ce que je redoute !
Je comprends à sa réflexion, "Y en a pour toi"
Que c'est une femme, et qu'elle s'enjaille de moi
Elle me voit déjà comme un deuxième bureau
Restons calme, ne pas monter sur mes grands chevaux
Elle me glisse son contact d'un geste discret
C'est bien ma veine, je n'aurai pas à faroter
Je motamote en réponse que "tout est vieux"
Pour gagner du temps autant que faire se peut
Puis je lui dis la vérité, je suis moisi
Je suis foiré, j'ai le portefeuille rassis,
Pas le genre dribbleur, je suis quelqu'un d'honnête,
Si elle veut que je lui mouille la barbe c'est niet.
"Un billet de cinq francs ne cherche pas son frère"
Est la devise des nés face de cuillère
C'est pour que cela que je fréquente assidument
Mais elle reste interdite à mes arguments.
Je passe donc à l'offensive, séduis la dame
Et pour avoir la paix lui déclare ma flamme
"A brusquement, je serai chez vous dans une heure"
Elle répond émue que ça lui sucre le coeur.
Plus de doute. Elle tombe pour moi sans glisser
Mais je me vois mal partir dans quelques années
A la recherche d'une ou deux balles perdues
"On est ensemble" la chose est pour elle entendue
Elle a l'air tout à sa joie quand enfin je repars
De nous retrouver comme deux larrons en foire
Les yeux toujours rivés sur le rétroviseur
Je fouille patate avec un ziboulateur.
Elle aura été victime d'un coup d'Etat
je ne suis pas inquiet, elle rebondira
A mes enfants, ce sera le conte inventé
Pour les précipiter dans les bras de Morphée.

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