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samedi 6 novembre 2021

Cinéfêlé


Agité par le tonnerre et son bruit de tambour,

Louis est assis, en pyjama, dans la pénombre,

Jambes croisées, main droite mollement posée

Sur la moquette jonchée d'assiettes sales 

Et de vêtements en boule. Traits tirés,

Sommeil envolé depuis 2 jours,

Il scrute vaguement par la fenêtre.

Les ténèbres zébrés de quelques éclairs

réveillent dans le lointain

Son inquiétude,

Ses espérances.


En face, l'immeuble, désaffecté, bientôt détruit,

Ne s'illumine qu'en un point cardinal, 

un carré de lumière, découpé sur la façade

semble projeter sa lumière chirurgicale

Sur le parking en contrebas.

L'oeil placé dans la lunette,

Louis scrute, cherche, fouille.

A travers l'objectif, une silhouette féminine

Va et vient dans un épais rideau de fumée.

Un homme est entré. Ils s'attirent, s'enlacent.

Louis croit les reconnaître. Changer de point de vue,

Il ouvre la porte-fenêtre du balcon,

Se place contre la rambarde,

est aux premières loges. Mais il ploie

Sous la pluie qui le gifle de plus belle.

Il se penche, il veut savoir, encore une contorsion,

Sur la pointe des pieds,

Le corps tout de travers.


Sur l'écran de télévision dans son dos,

Au milieu du petit salon, le mot FIN

Vient de s'imprimer sur la fameuse façade

de l'immeuble quelque décennies plus tôt.

Celui qu'épie Louis, depuis son poste de vigie.

C'était donc ici que fut tourné

Le film de sa vie, la séquence finale, THE climax,

qui le fit tant de fois se sentir vivant.

En regardant mourir cet immeuble, ce décor de cinéma, 

il espère probablement un miracle,

Pouvoir s'incruster à son tour,

Tout en douceur,

Sur la pellicule.


Louis a basculé. Lentement ses mains glissent le long

Des barreaux trempés du balcon. De sa prison.

Il évalue maintenant la distance le séparant du sol.

Un nouveau film vient de commencer.

Bientôt la foule massée autour d'un corps désarticulé

Et le cordon sanitaire dressé par les ambulanciers.

Non loin, les ombres du lotissement se faufileront 

Dans les tâches immobiles de lumière artificielle,

résonnant des gloussements d'enfants amusés,

Une école buissonnière improvisée, la vie qui reprend 

Quand la pluie et l'orage se seront arrêtés.

Quelques heures avant la destruction de l'immeuble.

Que le sacrifice de Louis

N'empêchera pas.







  

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